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Flat tax à 31,4 % en 2026 : pourquoi l'État punit toujours plus l'épargnant

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Depuis le 1er janvier 2026, le prélèvement forfaitaire unique (PFU) — la fameuse « flat tax » — est passé de 30 % à 31,4 %. Ce n'est pas une réforme spectaculaire. C'est exactement comme ça que fonctionne la machine fiscale française : par petites hausses, présentées comme « modestes », qui s'accumulent jusqu'à ce que le capital devienne un ennemi fiscal.

La hausse provient de la création de la Contribution Financière pour l'Autonomie (CFA), votée le 9 décembre 2025 via l'amendement n°127 au PLFSS 2026. Concrètement, la CSG passe de 9,2 % à 10,6 %, ce qui porte les prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 % sur les revenus du capital.

Résultat : la flat tax se décompose désormais en 12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux = 31,4 %.

Ce qui est touché — et ce qui ne l'est pas

Produits concernés par la hausse à 31,4 %

  • Dividendes d'actions détenues en compte-titres ordinaire
  • Intérêts (obligations, comptes à terme, crowdlending)
  • Plus-values mobilières (actions, ETF, obligations)
  • Crypto-actifs (Bitcoin, Ethereum, etc.)
  • PEA : les prélèvements sociaux passent à 18,6 % — y compris après 5 ans de détention, sur les gains réalisés
  • Épargne salariale (intéressement, participation)

Produits épargnés (pour l'instant)

  • Assurance-vie : les prélèvements sociaux restent à 17,2 % — la CFA ne s'y applique pas
  • Plus-values immobilières : régime inchangé
  • Revenus fonciers : soumis au barème progressif + PS à 17,2 %
  • Livrets réglementés (Livret A, LDDS) : exonérés

Le PEA est le grand perdant de cette réforme. Même après 5 ans de détention, l'exonération d'IR est maintenue mais les PS à 18,6 % s'appliquent — et c'est le taux au moment du retrait qui compte, pas celui en vigueur au moment où les gains ont été réalisés.

Simulations : combien vous perdez en plus

Sur 10 000 € de dividendes

Sur un PEA de 150 000 € de plus-values (retrait après 5 ans)

Sur 5 000 € de gains crypto

140 € ici, 2 100 € là. Individuellement, chaque hausse paraît « raisonnable ». Collectivement, la mesure rapporte 1,5 milliard d'euros par an à l'État. Un milliard et demi prélevé sur l'épargne des Français — pour financer la dépendance, nous dit-on. Comme les 483 taxes qui l'ont précédée financent chacune une « bonne cause ».

La France, championne d'Europe de la taxation du capital

La flat tax française à 31,4 % ne serait qu'un chiffre de plus si elle n'était pas replacée dans son contexte européen. Or ce contexte est accablant.

Taxation des dividendes : comparaison européenne

Plus-values mobilières : la France en queue de peloton

Selon Eurostat, la France prélève 10,4 % de son PIB en impôts sur le capital, contre 7,1 % en Allemagne et 6,8 % en moyenne dans l'UE. C'est près de 50 % de plus que la norme européenne.

La Suisse et le Luxembourg taxent les plus-values à zéro. La Belgique également sur les actions détenues par des particuliers. Ces pays ne sont pas des paradis fiscaux exotiques — ce sont nos voisins directs, membres de l'UE ou de l'espace Schengen.

Flat tax ou barème progressif : le calcul à refaire en 2026

Depuis la réforme de 2018, les contribuables peuvent opter pour le barème progressif de l'IR au lieu de la flat tax. Avec le passage à 31,4 %, ce calcul mérite d'être refait.

Quand le barème est plus avantageux

L'option pour le barème est intéressante si votre taux marginal d'imposition (TMI) est de 0 % ou 11 %. Pourquoi ? Parce que les dividendes bénéficient alors d'un abattement de 40 % avant application du barème.

Exemple concret — dividendes de 10 000 € :

Quand la flat tax reste préférable

À partir d'un TMI de 30 %, la flat tax redevient généralement plus avantageuse. Et au TMI de 41 % ou 45 %, l'écart se creuse nettement en faveur du PFU.

Nouveauté 2026 : l'option pour le barème n'est plus irrévocable. Vous pouvez désormais corriger votre choix a posteriori, ce qui réduit le risque d'erreur.

De 30 % à 31,4 % : le signal envoyé aux épargnants

La flat tax à 30 % avait été la mesure phare du premier quinquennat Macron. En 2018, elle remplaçait un régime où les revenus du capital étaient taxés au barème progressif — jusqu'à 62,2 % en taux marginal maximum (45 % d'IR + 17,2 % de PS).

Le PFU à 30 % était présenté comme un signal de stabilité fiscale : un taux unique, lisible, compétitif. Sept ans plus tard, il a déjà été augmenté. Le signal envoyé est exactement l'inverse : aucun taux n'est jamais définitif en France.

L'épargnant français fait face à un paradoxe cruel :

  • On lui dit d'épargner pour sa retraite (le système par répartition étant structurellement déficitaire)
  • On lui dit d'investir dans l'économie (pour la croissance et l'emploi)
  • Puis on taxe chaque euro qu'il gagne sur cette épargne à 31,4 % — et on augmente le taux dès que les comptes publics dérapent

Crypto : le même régime, les mêmes 31,4 %

Les crypto-actifs sont soumis à la flat tax de 31,4 % depuis 2026. Le régime reste relativement simple :

  • Seuil d'exonération : 305 € de cessions par an
  • Échanges crypto-crypto : non imposables (seule la conversion en monnaie fiat déclenche l'imposition)
  • Calcul de la plus-value : prix de cession global × (prix d'acquisition / valeur totale du portefeuille)

La directive européenne DAC8 est en cours de transposition. Elle imposera aux plateformes de déclarer automatiquement les transactions de leurs utilisateurs à l'administration fiscale. La fin de l'anonymat fiscal sur les crypto-actifs est programmée.

Ce que révèle cette hausse

1,4 point de plus. C'est peu en apparence. Mais c'est un aveu d'impuissance budgétaire : plutôt que de réduire la dépense publique (57 % du PIB), l'État préfère — une fois de plus — aller chercher l'argent là où il se trouve : dans l'épargne des Français.

La France taxe déjà le capital plus lourdement que tous ses voisins européens comparables. Elle vient d'aggraver l'écart. Et elle s'étonne ensuite que les capitaux partent, que les entrepreneurs s'expatrient, et que l'investissement productif stagne.

L'optimisation fiscale n'est pas un luxe réservé aux riches. C'est un droit de légitime défense face à un État qui considère chaque euro d'épargne comme une recette fiscale en attente.

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