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Flat tax ou barème progressif : le calcul que votre banquier ne fait pas

Flat tax 31,4 % ou barème progressif pour vos dividendes en 2026 ? Simulations chiffrées par TMI, seuil de bascule à 24 % et pièges à éviter.

Comparaison flat tax et barème progressif pour les dividendes en France

Chaque année, des milliers d’épargnants français laissent plusieurs centaines d’euros sur la table. Leur erreur : cocher la mauvaise case sur leur déclaration de revenus. Flat tax ou barème progressif, le choix par défaut n’est pas toujours le bon, et la hausse du PFU à 31,4 % en 2026 change la donne.

Votre banquier ne fera pas ce calcul pour vous. Votre expert-comptable vous facturera pour le faire. Voici comment le faire vous-même en cinq minutes.

Deux régimes, un seul choix par an

Depuis 2018, les revenus du capital (dividendes, intérêts, plus-values) sont soumis par défaut au prélèvement forfaitaire unique (PFU), communément appelé flat tax. Depuis le 1er janvier 2026, ce taux est passé à 31,4 % : 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux.

L’alternative existe : opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu. Cette option active deux mécanismes qui n’existent pas avec la flat tax.

L’abattement de 40 % : seuls 60 % de vos dividendes bruts sont soumis à l’IR. Sur 10 000 € de dividendes, vous n’êtes imposé que sur 6 000 €.

La CSG déductible : 6,8 % du montant brut de vos dividendes est déduit de votre revenu imposable global. Sur 10 000 €, cela représente 680 € de base imposable en moins, soit une économie d’impôt proportionnelle à votre tranche marginale.

En contrepartie, les prélèvements sociaux restent à 18,6 % dans les deux cas. Seule la part IR change.

Le calcul sur 10 000 € de dividendes

Prenons un cas concret : vous percevez 10 000 € de dividendes bruts en 2026. Voici ce que vous payez réellement selon votre tranche marginale d’imposition (TMI).

Flat tax : même note pour tout le monde

Quelle que soit votre situation, la flat tax prélève 3 140 € (1 280 € d’IR + 1 860 € de PS). Il vous reste 6 860 €. Simple, lisible, sans surprise.

TMI à 0 % : le barème vous fait gagner 1 280 €

Vous ne payez que les prélèvements sociaux : 1 860 €. Pas d’IR puisque votre taux est nul, même sur les 6 000 € après abattement. Il vous reste 8 140 €, soit 1 280 € de plus qu’avec la flat tax.

TMI à 11 % : le barème vous fait gagner 695 €

L’IR sur vos dividendes : 6 000 € × 11 % = 660 €. La CSG déductible vous économise 680 € × 11 % = 75 €. Total : 660 + 1 860 - 75 = 2 445 €. Il vous reste 7 555 €, soit 695 € de plus qu’avec la flat tax.

TMI à 30 % : la flat tax reprend l’avantage

L’IR grimpe : 6 000 € × 30 % = 1 800 €. La CSG déductible économise 204 €. Total : 1 800 + 1 860 - 204 = 3 456 €. Vous payez 316 € de plus qu’avec la flat tax. Le choix est fait.

TMI à 41 % : l’écart se creuse

IR : 2 460 €, CSG déductible : 279 €. Total : 4 041 €, soit 901 € de plus que la flat tax. À ce niveau, opter pour le barème revient à offrir un bonus à Bercy.

Seuil de bascule entre flat tax et barème progressif selon le TMI

Le seuil de bascule : TMI de 24 %

Le calcul algébrique est simple. La flat tax prélève 12,8 % d’IR sur 100 % du dividende. Le barème prélève votre TMI sur 60 % du dividende, moins l’avantage CSG déductible. L’équation donne un seuil de bascule autour de 24 %.

Concrètement, cela signifie que le barème progressif est plus avantageux si et seulement si votre TMI ne dépasse pas 11 %. À 30 %, la flat tax l’emporte systématiquement. Entre les deux, la zone grise n’existe quasiment pas puisque le barème 2026 passe directement de 11 % à 30 % (il n’y a pas de tranche intermédiaire).

La règle d’or est donc limpide : TMI à 0 % ou 11 %, choisissez le barème. TMI à 30 % ou plus, gardez la flat tax.

Les pièges que personne ne vous signale

Le choix est global

Opter pour le barème s’applique à tous vos revenus du capital de l’année : dividendes, intérêts, plus-values. Vous ne pouvez pas choisir le barème pour vos dividendes (avec l’abattement de 40 %) et la flat tax pour vos intérêts de livret. Or les intérêts ne bénéficient d’aucun abattement. Si vous avez beaucoup d’intérêts et peu de dividendes, le barème peut devenir perdant même à TMI 11 %.

L’effet quotient familial

Votre TMI réel dépend de votre quotient familial. Un célibataire à 35 000 € de revenu imposable est dans la tranche à 30 %. Un couple avec deux enfants au même revenu par tête est à 11 %. Même revenu, choix fiscal opposé. Simulez avec votre situation réelle, pas avec un barème théorique.

La correction à posteriori

Depuis 2026, vous pouvez modifier votre choix après la déclaration initiale, pendant la période de correction en ligne. Si vous réalisez que vous avez coché la mauvaise case, ce n’est plus irréversible. Un progrès rare dans un système fiscal qui préfère d’habitude punir l’erreur.

L’impact sur votre taux de prélèvement à la source

Opter pour le barème intègre vos revenus du capital dans votre revenu fiscal de référence. Résultat : votre taux de prélèvement à la source peut augmenter l’année suivante, créant une hausse de trésorerie mensuelle que beaucoup ne voient pas venir.

Ce que font nos voisins européens

La France taxe les dividendes à 34 % en taux marginal supérieur (selon la Tax Foundation), ce qui la place au 6e rang européen. Quelques repères utiles pour comprendre pourquoi la France reste le pays le plus taxé du continent.

L’Estonie, la Lettonie et Malte ne taxent pas les dividendes au niveau de l’actionnaire. Zéro. Le système estonien, souvent cité en modèle, ne taxe que les bénéfices distribués au niveau de l’entreprise (20 %), puis plus rien pour l’actionnaire.

L’Allemagne applique un PFU comparable (26,38 % avec surtaxe de solidarité), mais sans prélèvements sociaux additionnels sur le capital. L’Italie : 26 %. La Bulgarie : 5 %. La Grèce : 5 %.

À l’autre extrême, l’Irlande (51 %) et le Danemark (42 %) taxent plus lourdement, mais avec des systèmes de retraité par capitalisation qui rendent la comparaison complexe.

La France cumule une fiscalité élevée sur les dividendes et un système de retraité par répartition structurellement déficitaire. L’épargnant paie deux fois : une fois pour financer le système collectif, une seconde quand il essaie de construire un revenu de dividendes. (C’est d’ailleurs pourquoi la règle des 4 % ne fonctionne plus sans optimisation fiscale en France.)

FAQ

Le barème progressif s’applique-t-il aussi aux plus-values ? Oui, mais sans abattement de 40 % (sauf pour les titres acquis avant 2018, qui conservent un abattement pour durée de détention). Pour les plus-values sur titres acquis après 2018, le barème s’applique sur 100 % du gain, ce qui rend la flat tax presque toujours préférable sauf à TMI 0 %.

Comment savoir quel est mon TMI exact ? Votre TMI figure sur votre dernier avis d’imposition. Vous pouvez aussi utiliser le simulateur officiel sur impots.gouv.fr en renseignant vos revenus 2025. Attention : le TMI est calculé par part de quotient familial, pas sur le revenu brut du foyer.

Puis-je choisir le barème une année et la flat tax l’année suivante ? Oui, le choix est annuel. Vous pouvez alterner chaque année en fonction de votre situation. Rien ne vous engage au-delà de l’exercice fiscal en cours.

Les dividendes de SCPI ou d’OPCI sont-ils concernés ? Les revenus distribués par les SCPI sont des revenus fonciers (imposés au barème + PS à 17,2 %), pas des dividendes au sens fiscal. Ils ne sont pas éligibles à la flat tax ni à l’abattement de 40 %. Les OPCI peuvent distribuer des dividendes éligibles au PFU selon la nature des revenus.

L’abattement de 40 % existe-t-il pour les dividendes étrangers ? Oui, à condition que les dividendes proviennent d’une société soumise à l’IS (ou équivalent) et que l’option pour le barème soit exercée. Un crédit d’impôt conventionnel compense généralement la retenue à la source étrangère, mais le calcul net dépend de la convention fiscale bilatérale.


Cet article est à vocation éducative. Il ne constitue pas un conseil en investissement. Consultez un professionnel agréé avant toute décision patrimoniale.