PPE3 : 250 milliards d'euros pour produire de l'électricité dont personne n'a besoin
La PPE3 engage 250 milliards € de subventions ENR d'ici 2060 alors que la France est excédentaire. Impact sur votre facture et alternatives.
La France produit déjà 100 TWh d’électricité de plus qu’elle n’en consomme. Pourtant, le 13 février 2026, le gouvernement a signé un plan énergie à 250 milliards d’euros pour en produire encore davantage. Bienvenue dans la PPE3, la troisième Programmation Pluriannuelle de l’Énergie.
Ce décret, adopté sans vote parlementaire, engage les Français sur dix ans de subventions massives aux énergies renouvelables intermittentes. Résultat selon l’UFC-Que Choisir : +250 € par an sur votre facture d’électricité. Voici ce que ce plan contient, ce qu’il vous coûte, et pourquoi il illustre tout ce qui ne va pas dans la politique énergétique française.
Ce que contient la PPE3
La PPE3 fixe la feuille de route énergétique de la France pour 2026-2035. Trois objectifs affichés : souveraineté, neutralité carbone, compétitivité des prix. Dans la pratique, le plan prévoit un triplement des capacités éoliennes et solaires d’ici 2035.
Concrètement : passer de 30 GW de solaire installé à 55-80 GW, atteindre 15 GW d’éolien offshore, et porter la production décarbonée totale entre 650 et 693 TWh. Le nucléaire, lui, est maintenu à 380 TWh (avec six EPR2 prévus… pour 2038, c’est-à-dire dans douze ans).
Le problème ? La France a produit 547 TWh en 2025 pour une consommation de 451 TWh. Elle est déjà excédentaire de 100 TWh. Comme le résumait Bruno Retailleau : « La France ne manque pas d’électricité : nous sommes excédentaires et exportons à perte. »
Le prix moyen d’export s’est établi à 59 €/MWh en 2025, soit en dessous du coût de production nucléaire (60,3 €/MWh selon la CRE). Autrement dit, chaque MWh exporté coûte de l’argent au contribuable. On en parlait déjà dans notre analyse des 30 ans de mauvaises décisions énergétiques françaises : le dirigisme énergétique a un prix, et c’est toujours le même qui paie.
Ce que la PPE3 vous coûte
Parlons chiffres, puisque c’est votre argent.
8,3 milliards d’euros par an : c’est le montant du soutien direct aux énergies renouvelables en 2026, selon la CRE. Les producteurs ENR reçoivent 12,8 milliards d’euros de revenus garantis. L’État ne récupère que 4,5 milliards en revendant cette électricité sur le marché de gros. Le contribuable comble la différence.
Le coût moyen de ce soutien ? 92,4 €/MWh, contre 60,7 €/MWh pour le nucléaire existant. Vous payez 50 % plus cher pour de l’électricité intermittente que pour celle qui sort de vos centrales nucléaires.
Selon l’IFRAP, les engagements cumulés de 2024 à 2060 atteignent 216 à 258 milliards d’euros dans un scénario de prix bas. Ajoutez 200 milliards d’investissements réseau (100 milliards pour RTE, 100 milliards pour Enedis) nécessaires pour raccorder ces capacités intermittentes. Le tout financé via le TURPE, qui atterrit directement sur votre facture.
Pour vous, concrètement : l’UFC-Que Choisir estime la hausse à +19 % sur la facture d’électricité, soit environ 250 € par an pour un ménage type. Et ce, alors que 3 millions de foyers français (7 millions de personnes) sont déjà en situation de précarité énergétique selon l’Observatoire national de la précarité énergétique.
Un détail qui dit tout : le solaire, fleuron de la PPE3, ne capture que 59 % du prix moyen du marché à cause de l’effet « cannibalisation ». Quand le soleil brille partout en même temps, tous les panneaux produisent, les prix s’effondrent, et l’État compense la différence. C’est exactement le mécanisme de l’impôt caché : un coût invisible qui grignote votre pouvoir d’achat sans jamais apparaître sur votre fiche de paie.
Ce que font nos voisins
La France affiche un prix de l’électricité de 0,2016 €/kWh en avril 2026, soit 3 % en dessous de la moyenne européenne. C’est grâce au nucléaire, pas aux ENR.
L’Allemagne, championne européenne des renouvelables, affiche 0,3835 €/kWh : presque le double. L’Energiewende, ce « tournant énergétique » qui devait être un modèle, a produit l’électricité la plus chère du continent. Le contribuable allemand finance depuis vingt ans les subventions éoliennes et solaires (15,5 milliards d’euros rien qu’en 2024). Résultat : une facture deux fois plus élevée que la française, sans réduction significative des émissions de CO2, puisque le charbon et le gaz ont remplacé le nucléaire.
L’Espagne reste à 0,261 €/kWh. La Suisse, elle, prévoit une baisse de 4 % de ses tarifs en 2026.
Bref, les pays qui ont massivement subventionné les ENR intermittentes paient plus cher. Les pays qui s’appuient sur un mix stable (nucléaire, hydraulique) gardent des prix contenus. La PPE3 engage la France sur la trajectoire allemande. La France, pays le plus taxé au monde, n’avait vraiment pas besoin d’ajouter une couche supplémentaire sur la facture énergétique.
Ce qu’on peut en conclure
La PPE3 est un cas d’école de planification étatique à rebours du bon sens.
La France dispose d’un atout que le monde entier lui envie : un parc nucléaire qui produit une électricité abondante, pilotable et bas carbone. Plutôt que de l’optimiser (les 57 réacteurs existants peuvent être prolongés, leur production augmentée), l’État choisit de dépenser 250 milliards pour tripler des capacités intermittentes que le réseau ne peut pas absorber sans investissements massifs.
Cerise sur le gâteau : ce plan a été adopté par décret, sans vote du Parlement. Deux motions de censure ont été déposées (une du RN, une de LFI). Contribuables Associés a saisi le Conseil d’État. Quand il s’agit de dépenser l’argent des Français sans leur demander, le gouvernement trouve toujours un moyen de passer en force.
L’énergie, comme les carburants ou la fiscalité, illustre un schéma récurrent : l’État choisit à votre place, vous envoie la facture, puis s’étonne que le pouvoir d’achat baisse. Depuis 2003, le cumul des subventions aux ENR dépasse 50 milliards d’euros. En échange, la France n’a réduit ni ses émissions (le nucléaire le faisait déjà), ni sa dépendance (elle était déjà excédentaire), ni ses prix (ils montent).
La seule chose qui a augmenté, c’est la facture.
Questions fréquentes
La PPE3 va-t-elle faire baisser les factures d’électricité ?
Non. L’UFC-Que Choisir estime une hausse de 19 %, soit environ 250 € par an pour un ménage type. Les subventions ENR (8,3 milliards €/an) et les investissements réseau (200 milliards d’ici 2040) sont répercutés sur les factures via les taxes et le TURPE.
Pourquoi la France subventionne-t-elle les ENR alors qu’elle est excédentaire ?
La PPE3 anticipe une électrification massive des usages (industrie, mobilité, chauffage) qui porterait la consommation à 580-618 TWh en 2035. Mais ces projections, basées sur la SNBC3, sont jugées « très ambitieuses » par de nombreux experts. La consommation industrielle a baissé de 13 % depuis 2019.
La PPE3 a-t-elle été votée par le Parlement ?
Non. Le décret a été adopté le 13 février 2026 sans vote parlementaire, ce qui a provoqué deux motions de censure et un recours devant le Conseil d’État par Contribuables Associés.
Les ENR sont-elles vraiment plus chères que le nucléaire en France ?
En France, oui. Le coût moyen du soutien aux ENR est de 92,4 €/MWh, contre 60,7 €/MWh pour le nucléaire existant selon la CRE. L’effet cannibalisation aggrave le problème : le solaire ne capture que 59 % du prix moyen du marché.
La France risque-t-elle de suivre le modèle allemand ?
C’est la trajectoire dessinée par la PPE3. L’Allemagne, qui a massivement investi dans l’éolien et le solaire, affiche des prix d’électricité de 0,3835 €/kWh contre 0,2016 €/kWh en France. La PPE3 prévoit un triplement des capacités intermittentes similaire à l’Energiewende.