Vision Libérale

Édouard Philippe a ajouté 406 milliards à la dette. Et il veut être président.

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Édouard Philippe a ajouté 406 milliards à la dette. Et il veut être président.

Le 29 juin 2017, Édouard Philippe tweetait : "2 147 milliards d'euros de dette publique. Nous n'avons pas le droit de faire cela à nos enfants." Trois ans plus tard, il quittait Matignon en laissant 2 638 milliards de dette. Soit 406,6 milliards de plus. Aujourd'hui candidat à la présidentielle, il n'a toujours pas expliqué comment il comptait faire mieux la prochaine fois.

Il y a des tweets qu'il vaudrait mieux supprimer avant de se présenter à l'élection présidentielle.

Le 29 juin 2017, quelques semaines après son arrivée à Matignon, Édouard Philippe publiait un message solennel sur ce qui s'appelait encore Twitter. Le ton était grave, la posture résolue : 2 147 milliards d'euros de dette publique, c'était trop. "Nous n'avons pas le droit de faire cela à nos enfants", écrivait-il.

Trois ans et un mois plus tard, il quittait le poste. La dette publique atteignait alors 2 638 milliards d'euros. Il avait ajouté 406,6 milliards au compteur. Selon Contribuables Associés, cela fait de lui le deuxième Premier ministre le plus dépensier de l'ère Macron.

En mars 2026, cette même dette atteint 3 460,5 milliards d'euros, soit 115,6 % du PIB. Et Édouard Philippe veut être président.

Avant de lui confier les clés, peut-être faudrait-il regarder ce qu'il a fait avec la dernière fois.

L'État pompier-pyromane : le vrai coût du "quoi qu'il en coûte"

Commençons par le plus gros poste. Le Covid.

En mars 2025, sur CNews, Édouard Philippe a déclaré sans ambiguïté : "J'assume le 'quoi qu'il en coûte' pendant la crise du Covid-19." C'est honnête. Regardons donc ce que ce "quoi qu'il en coûte" a réellement coûté.

Le plan d'urgence Covid, lancé sous sa responsabilité directe, a été porté à 110 milliards d'euros dès avril 2020. Au total, selon la Cour des comptes, le coût des mesures d'urgence sur trois ans atteint 424 milliards d'euros. Les dépenses publiques ont bondi de 96,4 milliards en un an. La France a atteint 61,8 % du PIB en dépenses publiques — un record absolu dans l'OCDE.

Décomposons pour comprendre.

Le chômage partiel, d'abord : environ 35 milliards d'euros, selon l'Unédic et la Cour des comptes. Au pic d'avril 2020, 8,4 millions de salariés étaient concernés, soit 44 % du secteur privé. Le dispositif a touché au total 11,3 millions de personnes.

Les prêts garantis par l'État (PGE) ensuite : 144 milliards d'euros effectivement distribués à 685 338 entreprises. Le taux de sinistralité final est estimé à 4,11 %, soit environ 6 milliards de pertes brutes et un coût net pour l'État d'environ 3 milliards. Point d'attention : fin 2024, 28 % des dirigeants déclaraient encore des difficultés de remboursement.

Le fonds de solidarité : 40,9 milliards d'euros versés à 2 millions d'entreprises. L'hébergement-restauration a capté 36 % du total. Les fraudes identifiées ? Seulement 174 millions d'euros. Soit 0,4 % du total versé. On imagine le chiffre réel.

Selon l'IFRAP, 47,7 milliards supplémentaires n'ont même pas été comptabilisés dans le chiffre officiel — dépenses de santé, plans sectoriels, assurance chômage.

Mais qui a provoqué la crise économique ?

C'est ici que l'argument du "sauveur de l'économie" se retourne.

Les fermetures administratives décidées par le gouvernement Philippe — commerces fermés, déplacements interdits, secteurs entiers à l'arrêt — ont détruit entre 150 et 175 milliards d'euros de PIB. Le premier confinement coûtait à lui seul 16 milliards d'euros par semaine, selon l'IFRAP. Au total, le PIB français a reculé de 7,9 % en 2020, soit environ 197 milliards d'euros de richesse évaporée.

L'État a donc commencé par détruire 150 à 175 milliards d'euros d'activité économique par ses décisions administratives. Puis il a dépensé 240 milliards — financés par la dette — pour "réparer" les dégâts qu'il avait lui-même causés.

C'est ce qu'on appelle le syndrome du pompier-pyromane.

Et la Suède, pendant ce temps ?

La comparaison internationale est éclairante.

La Suède n'a pas confiné sa population. Résultat : une chute de PIB de seulement 2 %, contre 7,6 % pour la France. Un déficit de 3,1 % du PIB, contre 9,2 % chez nous. Une dette publique à 35 % du PIB, contre 115 % en France. Et la Suède a retrouvé son PIB d'avant-crise dès le deuxième trimestre 2021 — un trimestre avant la France.

L'étude de l'économiste Andersson, publiée en 2024 dans la revue Economic Affairs, est sans appel : les pays ayant imposé des confinements stricts ont perdu entre un et trois ans de croissance par rapport à ceux qui ne l'ont pas fait.

La France a confiné plus durement que la plupart de ses voisins. Elle a dépensé massivement pour compenser. Et elle s'en est moins bien sortie. L'Allemagne, avec une impulsion fiscale directe de 8,3 % du PIB — bien supérieure à celle de la France — n'a subi qu'une chute de 4,1 %. Les États-Unis, malgré des dépenses colossales, n'ont reculé que de 2,2 %.

Le "quoi qu'il en coûte" n'a pas sauvé l'économie française. Il a colmaté, à crédit, les dégâts d'une politique de confinement trop rigide.

La CSG, la taxe d'habitation, les carburants : la valse fiscale

Passons au volet fiscal du mandat Philippe. C'est un exercice d'équilibriste qui s'est terminé par une chute.

Premier acte : la hausse de la CSG de 1,7 point, entrée en vigueur le 1er janvier 2018. Recettes annuelles : 22,5 milliards d'euros, selon le Sénat. En contrepartie, les cotisations salariales maladie et chômage ont été supprimées, soit un gain de 14,2 milliards pour les salariés du privé. Bilan net : les salariés du privé sont légèrement gagnants. Les retraités, eux, ont perdu 3,5 milliards d'euros en 2018 (ramené à 1,4 milliard après correctifs en 2019). Les fonctionnaires et les indépendants sont également perdants. Et l'État, dans l'opération, a gagné 1,32 milliard net selon l'IFRAP.

Autrement dit : un impôt supplémentaire déguisé en "modernisation du financement de la protection sociale".

Deuxième acte : la suppression de la taxe d'habitation. Coût annuel pour les finances publiques : environ 18,5 milliards d'euros, selon FIPECO. La compensation aux collectivités passe par le transfert de la taxe foncière départementale et des fractions de TVA. Mais l'Association des maires de France chiffre les pertes cumulées du bloc communal à 2 milliards d'euros. Et surtout, les communes ont perdu leur autonomie fiscale : elles dépendent désormais de transferts de l'État central pour 80 % de leurs ressources.

Pour le contribuable, c'est une bonne nouvelle à court terme. Pour les finances publiques, c'est un trou de 15,7 milliards par an, non financé par des économies équivalentes.

Troisième acte : la taxe carburant. La composante carbone est passée de 7 euros la tonne en 2014 à 44,60 euros en 2018. Hausse effective : 4 centimes par litre d'essence, 7 centimes par litre de gazole. Le gouvernement prévoyait d'aller jusqu'à 86,20 euros la tonne en 2022.

On connaît la suite. Les gilets jaunes. La pire crise sociale depuis Mai 68. Le gel total de la trajectoire carbone. Et au bout du compte, zéro recette supplémentaire, une crise majeure, et une prime d'activité renforcée en urgence pour éteindre l'incendie — passée de 5,6 milliards en 2018 à 9,5 milliards en 2020, soit 70 % de hausse en deux ans. Avec 4,3 millions de foyers bénéficiaires, soit 8,4 millions de personnes, 12,8 % de la population.

Le pire des deux mondes : une crise sociale historique et aucune recette fiscale à l'arrivée.

Deux mesures libérales — à crédit

Soyons honnêtes. Le mandat Philippe a produit deux mesures véritablement libérales : la flat tax (PFU) à 30 % sur les revenus du capital, et la transformation de l'ISF en IFI.

La flat tax a eu un effet mesurable : les dividendes déclarés ont bondi de 64 %, passant de 14 milliards sur la période 2013-2017 à 23 milliards sur 2018-2020. Preuve que la fiscalité du capital détermine les comportements. Son coût budgétaire est estimé entre 0,6 et 1,4 milliard d'euros par an.

La suppression de l'ISF, remplacé par un impôt sur la seule fortune immobilière (IFI), représente un manque à gagner d'environ 4,5 milliards par an — l'IFI rapportant 1,29 milliard là où l'ISF aurait rapporté 6,3 milliards.

Ces deux mesures allaient dans le bon sens. Mais elles posent une question essentielle : comment ont-elles été financées ?

La réponse est simple : elles ne l'ont pas été.

Le déficit structurel est passé de 2,4 % à 4,7 % du PIB pendant la période, selon FIPECO. Les baisses d'impôts totalisent environ 50 milliards d'euros en régime de croisière. Mais aucune économie de dépenses équivalente n'a été réalisée. Le résultat, c'est un pouvoir d'achat en hausse de 0,5 % par an — financé par la dette, pas par l'efficacité de l'État.

SNCF, Fessenheim, Air France, Ségur : l'interventionnisme à tous les étages

Le bilan Philippe ne s'arrête pas au Covid et à la fiscalité. Quatre décisions industrielles illustrent une philosophie de gouvernement résolument interventionniste.

La reprise de la dette SNCF : 35 milliards d'euros. L'État a absorbé 25 milliards le 1er janvier 2020, puis 10 milliards supplémentaires en 2022. Cela représente 1,45 point de PIB de dette publique. La SNCF a vu ses charges d'intérêt chuter de 1,5 milliard à 500 millions par an. Mais l'IFRAP rappelle le précédent de 1997 : la dette ferroviaire avait été transférée à RFF, puis avait triplé en quinze ans. Aucune privatisation, aucune mise en concession des lignes TGV — les alternatives libérales n'ont même pas été discutées.

La fermeture de Fessenheim : environ 5 milliards d'euros. Le 19 février 2020, Édouard Philippe a signé lui-même le décret d'arrêt et s'en est félicité publiquement sur Twitter. La centrale, déclarée apte au fonctionnement par l'Autorité de sûreté nucléaire, produisait 12 TWh par an, soit l'équivalent de la consommation électrique de 2 millions de foyers. Le coût de prolongation ? 36 millions d'euros. Le coût de fermeture ? Environ 5 milliards, entre indemnisation d'EDF et manque à gagner. Ratio : 1 pour 139. Pour la remplacer, il faudrait 3 000 éoliennes et un surcoût annuel de 700 à 800 millions d'euros. Cerise amère : la fermeture a entraîné la relance de quatre centrales à charbon.

Le soutien à Air France-KLM : 7 milliards d'euros. Un prêt garanti de 4 milliards, un prêt d'actionnaire de 3 milliards. En contrepartie : 18 paires de créneaux horaires cédées à Orly, la suppression des vols de moins de 2h30, l'interdiction de verser des dividendes. La part de l'État au capital a doublé, passant à 28,6 %. En décembre 2023, la justice européenne a annulé l'autorisation de ces aides. Le PGE a été remboursé, mais le signal est clair : l'État préfère renflouer et contrôler plutôt que laisser le marché jouer son rôle.

Le Ségur de la santé : 12 à 13 milliards d'euros par an. En pérenne. Soit 183 euros nets de plus par mois pour 1,5 million de soignants. Personne ne conteste la nécessité de revaloriser ces salaires. Mais la Cour des comptes a constaté que zéro euro de financement supplémentaire avait été prévu pour couvrir cette dépense. Résultat : le Ségur représente aujourd'hui environ la moitié du déficit de la Sécurité sociale, qui atteint 23 milliards d'euros en 2025. Des chèques signés sans provision.

La France, championne du monde de la dépense — pour quels résultats ?

Prenons du recul.

En 2019, sous Philippe, la France consacrait 55,6 % de son PIB aux dépenses publiques. C'est 13,4 points au-dessus de la moyenne des pays de l'OCDE. Si la France dépensait au même niveau que l'Allemagne, elle économiserait entre 160 et 230 milliards d'euros chaque année.

Les prélèvements obligatoires atteignaient 44 % du PIB en 2019 — 10 points au-dessus de la moyenne OCDE. Les cotisations sociales pesaient à elles seules 17 % du PIB, contre 9 % en moyenne dans l'OCDE.

L'écart de dette avec l'Allemagne s'est creusé de 18 points en sept ans : 33 points d'écart en 2017, 51 points en 2024.

Et les résultats ? La France n'a ni de meilleures écoles, ni de meilleurs hôpitaux, ni de meilleures routes, ni un taux d'emploi supérieur à ses voisins qui dépensent moins. Selon l'OCDE, les performances françaises dans la plupart des services publics sont médianes — pour un coût de champion du monde.

Alors, "bon gestionnaire" ?

Récapitulons ce que le contribuable français a payé pendant les trois ans d'Édouard Philippe à Matignon.

Le chômage partiel : 35 milliards. Les PGE : 144 milliards distribués, 3 milliards de coût net. Le fonds de solidarité : 41 milliards. La hausse des dépenses publiques Covid : 96 milliards en un an. La reprise de la dette SNCF : 35 milliards. La fermeture de Fessenheim : 5 milliards. Le soutien à Air France : 7 milliards. Le Ségur de la santé : 12 milliards par an en pérenne. La suppression de la taxe d'habitation : 18,5 milliards par an. La prime d'activité : 9,5 milliards par an.

Total de dette ajoutée en trois ans : 406,6 milliards d'euros.

En mars 2026, Édouard Philippe n'a toujours pas présenté de programme économique détaillé. Il a repoussé cette échéance à mai 2026. Il demande aux Français de lui signer un chèque en blanc — pour la deuxième fois.

La première fois, ce chèque a coûté 406 milliards d'euros.

La question n'est pas de savoir si Édouard Philippe est sympathique, compétent ou présidentiel. La question est celle que les libéraux posent depuis toujours : qui paie, et pour quels résultats ?

Les chiffres ont répondu.

Sources

  1. INSEE — Comptes de la Nation 2020, Déficit et dette 2020, Dette Maastricht mars 2026
  2. Cour des comptes — Dépenses publiques pendant la crise, Les PGE, Finances publiques
  3. Unédic — Bilan activité partielle Covid
  4. DGFiP — Fonds de solidarité 2020-2021
  5. IFRAP — "La vérité sur le quoi qu'il en coûte", Coût du confinement, Hausse CSG/baisses cotisations
  6. FIPECO — Bilan mesures fiscales 2017-2021, Taxes carburants, Dette publique
  7. OCDE — Revenue Statistics France, General Government Spending
  8. Bruegel — Fiscal Response Dataset
  9. Sénat — Rapport PLFSS 2018 (CSG), PGE risques pour l'État, PLF 2020 Prime d'activité
  10. Contribuables Associés — Palmarès des PM dépensiers de l'ère Macron
  11. AMF — Pertes du bloc communal liées à la suppression de la TH
  12. Andersson (2024) — "Sweden's Covid Lesson", Economic Affairs
  13. ENS Lyon — Évolution du pouvoir d'achat 2017-2022
  14. Institut Molinari — Fiscalité comparée 2024

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